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Islamophobie, Xénophobie et incompréhenison (FR)


NB: intéréssant aussi le drapeau Britannique et couleurs ‘tartan’ portés par le camarade ‘identitaire’ de l’arièrre plan…

Journée intéréssante où j’ai été confronté à la xénophobie (au sens premier du terme) intériorisé, voire extériorisé. Il y a d’abord le peuple de gauche, humaniste, parmi lequel on trouve celles et ceux qui ne comprennent pas – j’ai envie de dire sincèrement – que l’on puisse soutenir, marcher aux côtés, voire parler au nom de femmes et de filles musulmanes portant le voile. Pour ces personnes il s’agit là d’un cautionnement d’une oppression – ou perçu en tant que tel par elles – de ces femmes et filles. Peu importe que l’on se déclare ‘blancs’, athées, féministes. On ne leur ôtera pas si facilement l’idée que sympathiser avec ces femmes et filles représente purement et simplement une acceptation de l’oppression sexiste. On a beau expliquer que l’on s’oppose à l’État qui sous couvert de féminisme exclue les musulmanes portant le voile, rien n’y fait.

On y trouve ensuite celles et ceux qui ne supportent pas que l’on porte ce message féministe et antiraciste dans une manifestation ‘républicaine’ qui s’oppose pourtant aussi à des lois racistes. Quand bien même ils s’opposeraient aux dites lois (interdisant le port du voile et/ou du Niqab), ils ne peuvent pas accepter que pour le faire on marche avec des filles et des femmes portant le voile, et que certaines parmi nous portent le voile dans un acte symbolique de soutien. À titre personnel, il s’agit pour moi d’un acte analogue au port de l’étoile jaune par des goys en soutien à la population juive durant l’époque nazie.

Finalement, celles et ceux, plus violents (voire vulgaires) qui déversent leur haine sur celles qu’ils prétendent défendre contre l’oppression ‘machiste’ ainsi que leurs amis, c’est à dire nous.

Il y a ensuite la manifestation plus explicite du racisme, voire du néo-fascisme, exprimé par un rassemblement provocateur autour d’un pique-nique franchouillard avec comme symbole unique (mis à part le dit pique-nique et certaines tenues vestimentaires) le drapeau de la République Française. Parmi ceux-là, on trouve entre autres une certaine bourgeoisie véhiculant un discours démagogique qui mèle xénophobie et pseudo-féminisme. À leurs côtés, on trouve des individus plus ouvertement fascisantes dont le fer de lance est la défence de l’identité ‘nationale’.

Je ne peux m’empêcher de me poser la question du pourquoi de ces différentes formes de xénophobie. Dans mon analyse, je pars du sens premier du mot : la peur, le rejet de l’étranger. Je pousserais plus loin dans mon analyse, pour dire qu’il s’agit de la peur de ce que l’on ne comprend pas. Ceux et celles qui nous intéressent particulièrement sont les militants de ‘gauche’, ces humanistes cités plus haut. Comme je l’ai écrit, ce sont des personnes qui partagent bien souvent l’opinion que les lois interdisant le port du voile à l’école et/ou celle interdisant le port du niqab dans l’éspace public sont des lois stigmatrices voire qui excluent. Pourtant, ces personnes manifestent un malaise, voire une peur à la vue de femmes et filles portant un voile (et le niqab n’en parlons pas !). D’où vient cette peur ? Eh bien, pour moi, il s’agit d’abord d’une incompréhension : Pourquoi cachent elles leur cheveux, voire leur visage – à plus forte raison lorsque c’est pour des raisons religieuses ? Il s’agit là, à mon avis, des plus sincères dans leur questionnement, car ils acceptent implicitement qu’il y a peut-être un choix de la part de l’intéréssée. D’autres, moins intéréssés par la réalité que par leurs propres fantasmes, se demandent comment ces filles et ces femmes peuvent revendiquer le droit d’être opprimées par leurs ‘frères’ et leurs ‘pères’. D’autres encore supposent sans doute que ces derniers les observent (à la manière d’un flic en civil, lunettes noires et oreillette) de loin et qu’en plus ils nous forcent à nous les amis de ces femmes et filles, à marcher à leurs côtés…allez savoir !

Revenons à cette peur. À fortiori, l’autre est différent. Si l’autre est différent, par sa culture, ses croyance, ses pratiques, il va de soi que parmi ces marques de différence, il y aura celles que nous autres autochtones ne comprendront pas. Telle est à priori la loi de la différence. Quand bien même on me fera lire telle ou telle écriture préscrivant la dissimulation des cheveux, du visage ou encore de n’importe quelle autre partie du corps (et dans quelle que religion que ce soit) pour des femmes, je ne pourrais sans doute jamais comprendre ce choix. Ce que je comprends pourtant, c’est le désir de chacun de faire soi-même ses choix sans qu’autrui ne l’en empêche.

Alors, se pose la question de l’obligation subie par certaines femmes et filles de porter un voile/niqab. Si de tels cas existent, il s’agit d’une forme d’oppression des femmes. Cependant, combien de femmes dans ce pays subissent des pressions de leurs compagnons, souvent verbales, mais aussi physiquement violentes ? Quels signes portent ces femmes là, à part les traces de coups (qui peuvent être dissimulés) ? Et que fait on ? Une femme qui reste avec son compagnon qui l’humilie, voire la frappe doit elle être punie par l’État, stigmatisée par la population ? Une femme humiliée est une femme opprimée. Une femmes battue est une femme opprimée. Une femme qui porte le voile est une femme qui a peut-être fait ce choix elle-même. Alors, en interdisant, en stigmatisant, non seulement on exclue celles qui sont réellement opprimées par leurs hommes mais aussi celles pour qui il s’agit d’un choix libre (qu’est-ce que la liberté ? Ah, les cours de philo de Terminale…).

Passons rapidement sur les individus déversant leur haine sur l’autre (et l’ami de l’autre) car ces personnes là semblent relever des cas de psychiatrie. Du moins une bonne thérapie carabinée devrait leur être préscrite !

La bourgeoisie se rangeant derièrre l’étandard laïcard et tenant un discours démogogique du genre "ça commence à ressemble à l’Arabie Saoudite…je n’y suis jamais allée, mais mon mari oui" ou encore "j’ai un problème avec la viande halal car les abattoirs sont inhumains" me paraît un cas plus intéréssant qui relève d’une peur similaire à celle décrite plus haut, mais dans une population moins engagée que les manifestants de ‘gauche’. Cette peur-ci ressemble plus à celle de personnes qui s’abreuvent d’images télévisées (cf l’aveu : "je ne vais pas dans les cités") et pour qui les images de femmes portant voile/niqab représentent un raz-de-marée sur la France. Cette peur est tellement irrationnelle qu’ils ne se demandent même pas pourquoi ils voient si peu voiles et niqabs lorsqu’ils sortent de chez eux.

Face à cette peur de ce que l’on ne comprend pas, je ne vois guère que l’éducation. L’éducation dès l’enfance, évidemment, mais aussi la déconstruction du formattage à l’âge adulte. Ce n’est pas une question de leur expliquer le pourquoi du choix de certaines filles et femmes musulmanes, car cela regarde ces dernières, et elles n’ont pas à se justifier (sauf si elles le souhaitent). Il s’agit plutôt de faire comprendre pourquoi le féminisme, ce n’est pas forcer une conception de la libération des femmes sur toutes les femmes et encore moins contre leur gré. Le féminisme, c’est défendre le choix des femmes et de soutenir celles qui subissent des violences aussi bien verbales que physiques. Le féminisme des hommes comme l’antiracisme des ‘blancs’, c’est défendre les droits de l’autre sans poser de conditions et certainement pas la condition de comprendre l’autre.

En parlant avec certains, on arrive à faire passer un message. On arrive à faire admettre à l’autre, par exemple, que l’oppression des femmes est universelle, et que surtout elle existe ici aussi, dans une population ‘blanche’, même ‘républicaine’. Il est intéréssant, d’ailleurs, lorsqu’une personne dit "éffectivement il y a des femmes battues non-musulmanes. Et des hommes aussi. Mais ce sont des faits divers". On ne peut alors qu’être d’accord. Cela reste intéréssant que cette personne puisse d’elle-même dire que des hommes sont opprimés dans ce pays, mais elle ne peut s’immaginer que cela puisse exister aussi dans d’autres cultures. L’autre culture, elle, doit être foncièrement machiste et dans cette autre culture il ne peut y avoir que des hommes qui humilient, battent et tuent leurs femmes. Voila la fantasme xénophobe auquel nous faisons face.

Dans mon questionnement, je pense ensuite à ces ‘identitaires’, à l’image peut-être de ce jeune barbichu portant béret et machant sandwich-baguette (avec saucisson à l’intérieur ? Accompagné de pinard sans aucun doute !). Mis à part qu’avec un béret, je pourrais être son sosie (!), je me pose la question de savoir ce qui enmène un tel énergumène à vouloir provoquer la haine de la sorte. Alors, j’imagine. J’imagine qu’il s’agit d’un ‘souchien’, et que ce ‘souchien’ manque d’origines. Alors il s’en cherche. Et le plus simple c’est de chercher chez soi lorsqu’on y est né, nos parents aussi ainsi que nos grand-parents et qu’au delà on a pas de traces, alors…Et alors je me dis que peut-être on ne lui rend pas service au jeune ‘déraciné-enraciné’ lorsque l’on scande "première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d’immigrés". Cela ne fait peut-être que renforcer son sentiment de ne pas ‘venir de quelque-part’. Il est réconforté alors dans son appartenance à une ‘nation’ française, avec béret, baguette et pinard. Heuresement que le ridicule ne rue pas !

 

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