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Timeo Danaos (et Dona Ferentes)


Avertissement : On ne peut et on ne doit jamais faire confiance à la majorité, ni dans son pays, ni dans sa famille et encore moins dans son camp politique. Dans les périodes de crise, ceux qui pensent de manière différente sont considérés comme des monstres et ce sont les premiers qu’on assassine. Les pacifistes étaient minoritaires en 1914, les résistants aussi dans les années 40. Souvent, plusieurs décennies après, les gens médiocres s’aperçoivent qu’ils n’avaient pas complètement tort et on leur donne des noms de rue. Une illustration récente de ce phénomène c’est Bertrand Delanoë, serviteur du marchand de missiles et magnat des médias Arnaud Lagardère, posant une plaque à la mémoire des centaines de manifestants arabes pacifiques massacrés par la police parisienne à la fin de la Guerre d’Algérie. J’ai écrit ce qui suit en pensant à ce que disait Albert Einstein : « Opposer à la réaction en chaîne des neutrons la réaction en chaîne de la lucidité », en pensant aussi à mon père Hubert, herboriste, mécanicien et victime de la guerre économique.

 

 

                                                           Hommage à Jean-Pierre Vernant

                                                                                             1914-2007

 

                                                                                           

                                                                                                                                                                                                                                                 "Le vrai courage, c’est, au-dedans de soi, de ne pas céder, ne pas plier, ne pas renoncer. Etre le grain de sable que les plus lourds engins, écrasant tout sur leur passage, ne réussissent pas à briser."                                                                                           

                                                                                       

 

    Jean-Pierre Vernant nous a quitté le 9 janvier 2007, à l’âge de 93 ans. Tout le monde ne le connaît pas, alors voici quelques lignes en guise de biographie. Né à Provins (Seine-et-Marne), dans une famille de gauche, républicaine et anti-cléricale, évidemment dreyfusarde, il perd ses deux parents très tôt. C’est un mauvais élève, à part dans les matières qui l’intéressent : Lettres, Latin, Grec. Il entreprend des études de philosophie et est reçu premier à l’agrégation en 1937, comme son frère Jacques deux ans plus tôt, ce qui est inédit dans l’histoire de ce concours. Il adhère au parti communiste, mais rentre dans la Résistance des le début de l’occupation, en passant outre les ordres du Parti suite au pacte germanosoviétique. Il met d’ailleurs entre parenthèse son engagement communiste pendant toute la durée de la guerre pour se métamorphoser en gaulliste. Il rejoint le réseau Libération-Sud, puis dirige les Forces Françaises de l’Intérieur en Haute-Garonne et enfin dans toute la région Sud-Ouest. Après la guerre, il s’engage dans les mouvements en faveur de la décolonisation, pour l’Indochine puis pour l’Algérie, tout en restant au PCF, qu’il quittera en 1969. Pourquoi être resté si longtemps, alors que tous les autres intellectuels partaient? Il a expliqué plus tard que c’était pour lutter contre la bêtise de l’intérieur, pourrir la direction stalinienne et surtout soutenir ses anciens camarades de la Résistance. Parallèlement à son engagement politique, il commence à travailler sur l’anthropologie de la Grèce Antique en 1948 quand il rentre au CNRS. Il a découvert la Grèce avant la guerre pendant un voyage entre copains où il avait prévu de rencontrer les prolétaires grecs en lutte contre la dictature militaire de l’époque, et au cours duquel il était tombé en admiration devant l’Acropole. L’antiquité grecque c’était aussi un champ de recherche où il était relativement à l’abri de la stupidité des marxistes officiels et de leur vérités utiles. Il a écrit une trentaine d’ouvrages, principalement sur les mythes, la religion et l’apparition de la Raison et de la Démocratie en Grèce Ancienne, certains avec son ami, son frère, comme il l’appelait, Pierre Vidal-Naquet, lui aussi disparu récemment, qui ont révolutionné la manière dont les historiens considèrent cette époque et sont devenus des références. Il a également étudié les rapports entre les Grecs entre eux, à l’intérieur de la cité, entre cités et avec les autres civilisations antiques. Il rentre au Collège de France, un des sommets de la recherche française, en 1975 (chaire d’étude comparée des religions antiques) et il obtient entre autres distinctions internationales et doctorats honoris causa, la médaille d’or du CNRS en 1984. Son oeuvre a eu une influence en psychologie, en linguistique, en philosophie et la liste n’est pas exhaustive. Jean-Pierre Vernant n’enseignait pas seulement la Grèce Antique, il se considérait lui-même comme un grec ancien en exil et à ce titre n’a jamais cessé de se battre pour la Justice, la Vérité et l’Esthétique, comme une même entité. Ce qui est Vrai est Beau et Bien, ce qui est Bien est Beau et Vrai, ce qui est Beau est Vrai et Bien. Quand il quitte le PCF, c’est pour aller soutenir les dissidents tchèques en organisant des conférences clandestines en URSS. Dans les
années 2000, il soutient le groupe d’associations Non-Violence XXI.

    Une grande partie de son oeuvre s’explique par ses années dans la Résistance. C’est assez évident en ce qui concerne l’Iliade et la mort héroïque chez les grecs. Mais si on ne choisit pas la vie brève d’Achille et la violence du combat armé, on peut préférer la ruse d’Ulysse, pour échapper à la Gestapo, plastiquer des trains ou inonder Toulouse de tracts où il est écrit : « Vive l’Angleterre pour que vive la France » ou encore : « Le mot d’ordre de l’Internationale fasciste: traîtres de tous les pays, unissez-vous ». D’autre part dans les maquis, on est obligé de côtoyer et de faire confiance à des gens qu’on considérait jusqu’alors comme ses enn

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